Ce que l'on en dit...Dans la presse

Nicole Guedj invitée de l'émission "En 3 mots".

10 juin 2008

Soir 3 : Solution d'urgence humanitaire.

23 mai 2008

Le blocage des autorités birmanes est peut être l’épilogue d’une crise qui a posé le problème grave d’un pays sinistré qui refuse l’aide internationale. Aucun pays, aucune organisation internationale n’a pu imposer son aide jusqu’à maintenant. La voie diplomatique a donc prévalu. Face à cette situation, des professionnels de l’urgence imaginent d’autres situations.

Pour des Casques Rouges à l'ONU. Par Nicole Guedj.

21 mai 2008

Rangoun, 3 mai 2008 :selon la junte birmane, le cyclone Nargis aurait entraîné plus de 130000 morts et disparus. Les Nations unies parlentde 1,5 million de sinistrés. Et ces chiffres sont certainementencore sous-estimés. En moins de quelques heures, les principales infrastructuresdes régions de l'Irrawaddy et de l'ancienne capitale ont été détruites.

On pouvait croire, les leçons du tsunami ou de Katrina tirées, que les secours bien organisés, la logistique bien huilée, nous allions assister à une déferlante de l’aide humanitaire spécialisée. Et puis stupeur, on constate les mêmes errements. Certes, le matériel existe, les colis (surtout estampillés «US Aid») sont disponibles, mais comme à chaque fois, il n’y a aucun moyen de les acheminer jusqu’aux lieux des drames. Pas d’hélicoptère, pas de moyen de transport, pas de système d’urgence de traitement de l’eau… Les caméras du monde entier doivent se contenter de leur arrivée sur l’aéroport de Rangoun et après ?
Mais pire encore, à la stupeur s’ajoute la consternation de voir que l’ONU tente de négocier l’entrée de ses équipes dans un pays réfractaire à l’apport de toutes aides étrangères, que les ONG essaient de quémander quelques visas. L’opinion publique reste incrédule. Déjà certains s’interrogent sur la légitimité d’une ingérence humanitaire qui pourrait même nécessiter l’usage de la force, ajoutant la violence au drame.


Une question majeure se pose : pourquoi l’ONU ne dispose pas de la légitimité requise aux yeux de la junte ?


Parce que l’image de l’ONU, c’est, pour partie, l’intervention de la communauté internationale en cas de conflit. C’est l’ONU qui prend des résolutions. C’est l’ONU qui prend des sanctions. C’est avant tout une force de maintien de la paix. Et pour nombre de pays, c’est encore l’image d’une administration toute à la solde des grandes puissances.


Sans l’excuser une seconde, on peut comprendre la réaction hostile d’une junte paranoïaque à la vision d’un navire de la marine militaire soupçonné de déverser, en même temps que ses rations de survie, ses agents ! C’est comme si l’on confiait la gestion du Samu à la BAC (Brigade Anti Criminalité) dans une banlieue «chaude».


Alors, bien sûr, l’ONU opère un grand écart, consciente de sa «responsabilité de protéger». Elle a su se doter d’agences comme le Haut Commissariat pour les réfugiés (UNCHR), le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Unicef… Certains départements, comme le Bureau de coordination de l’action humanitaire (BCAH) existent, sans toutefois n’avoir jamais eu les moyens de se doter d’une force à l’image des Casques bleus, uniquement dédiée à l’aide humanitaire.


Il est donc temps de créer un unique organe de gestion de l’action humanitaire, qui serait le premier point d’entrée des gouvernements en difficulté, après le déclenchement d’une catastrophe naturelle.
Une structure spécialement et légitimement créée par les Etats membres. Une structure mondiale de coordination organisée autour de la notion de secours, d’éthique, de respect des croyances et des facteurs locaux. Une structure gérée par les spécialistes de l’urgence et de la logistique. Une structure aux objectifs sans équivoque, qui ne soit ni une émanation militaire ni une entrée du renseignement. Une structure constituée d’un état-major renforcé, chargée d’anticiper les risques potentiels de catastrophe et de pré-identifier les ressources humaines et matérielles existantes pour y faire face ; des unités régionales basées sur chaque continent, prêtes à intervenir dans l’urgence ; et enfin des moyens logistiques, rapidement déployables, pour faciliter le travail des équipes de secours et des ONG sur le terrain. Pour les pays en crise, cela représenterait un certain gage de confiance car la responsabilité sera portée par une seule entité, s’engageant à respecter un cadre de coopération fixé préalablement. Et pour les pays solidaires, il serait bien plus aisé de répondre précisément à des besoins évalués par l’ONU, puis d’intervenir conjointement sous la direction d’un état-major international, plutôt que d’entrer dans des négociations insensées, soumises à des enjeux politiques et diplomatiques, pour porter naturellement assistance à personne en danger.


Je milite depuis des années pour la création de ce corps des «Casques rouges». On m’écoute le temps d’un tsunami. Cette proposition de «force internationale humanitaire de réaction rapide» a été soutenue par la France et acceptée, alors, par le secrétaire général de l’ONU. Mais la pression médiatique retombée, qui se souviendra encore de cette nécessité. Le droit humanitaire doit entrer dans l’âge adulte et les Nations unies doivent imposer une nouvelle gouvernance humanitaire. Que pour une fois cela ne reste pas un coup d’épée dans le typhon.

Pour Elizabeth Brichet 12 ans. Par Nicole Guedj.

21 avril 2008

Au moment où Michel Fourniret et sa complice Monique Olivier affrontent la justice devant la Cour d’Assises des Ardennes, mes pensées douloureuses vont aux familles des sept jeunes filles assassinées. Elles pourront peut être aussi entendre cette tribune en forme de message de soutien.

 

J’ai côtoyé l’horreur indicible en ce jour de juillet 2004 lorsque, dans mes nouvelles fonctions de Secrétaire d’Etat aux droits des victimes, j’ai accompagné la mère d’Elisabeth Brichet, 12 ans, dont les restes venaient d’être exhumés derrière une dépendance du château du Sautou dans les Ardennes, l’ancienne propriété du couple Fourniret.

 

Nous nous sommes approchées, seules, jusqu’à la bâche qui recouvrait l’excavation de la découverte macabre. La mère, Marie-Noëlle Bouzet avançait avec peine, écrasée par le poids de cette longue incertitude, cette attente émaillée de fol espoir, depuis la disparition de l’adolescente, en cette journée du 20 décembre 1989, près de Namur en Belgique.

 

J’ai pris la mesure de cette interminable torture, me demandant si la découverte des restes du petit corps serait une forme d’étrange soulagement, et le début d’un processus de deuil. Mais je sais aussi, par mon expérience d’avocat, que les familles des victimes sont tendues vers un impératif, celui que soit retrouvé le coupable, afin qu’il rende compte devant la Justice, si tant est qu’il coopère pour livrer la vérité.

 

 

Dans le parc, la tension était à la limite du supportable, qui ne pouvait être libérée que par le « Cri » long et bestial du désespoir. Marie-Noëlle Bouzet, qui avait imaginé le pire durant ces années et qui venait d’y être confrontée, a gardé toute sa dignité de femme, alors que passaient devant mes yeux des images atroces de vêtements déchirés, d’un corps disloqué comme une poupée de son, de plaintes et de sang. Je ne saurai jamais ce que vécut cette mère, mais l’étendue de mon propre désarroi m’en donnait une faible mesure. Lorsqu’elle se retourna, après quelques instants de recueillement qui me parurent une éternité, nos regards se croisèrent, et je ressentis l’irrésistible besoin de la toucher,  comme pour lui dire qu’au-delà de cet enfer, elle faisait toujours partie de la communauté des humains. D’instinct j’entourais ses épaules de mes bras, et je sentis une brève pression de ses mains. Les gardiens de la propriété, têtes baissées, lui remirent une petite boite contenant un peu de cette terre maudite. Mais je savais qu’aucun geste de compassion ne pourra briser cette solitude absolue d’une mère. Il y a, au fond des yeux de Mme Bouzet, un regard accusateur, comme si nous portions tous une part de la responsabilité de ce drame.

C’est du reste ce que Marie-Noëlle Bouzet a dit ces derniers jours, devant la Cour d’Assises, lorsqu’elle s’en est pris à la Justice, exprimant le souhait que cette affaire puisse servir à « améliorer le système bien peu approprié à traiter ces gens là… ». Sa réaction a d’autant plus de poids que l’on su, par la suite, que sa fille avait été la quatrième victime, et qu’il y en eu trois autres après. Elle lançait, devant le président de la Cour : « Il y a de l’émotion dans le prétoire, et après ? Il y a bien d’autres Fourniret. Les enfants sont leur trésor de guerre, ils font des émules en prison, ils se nourrissent de leurs meurtres et de viols ». Au-delà de son propre chagrin, Mme  Bouzet avait été, en octobre 1996, l’une des organisatrices de la Marche blanche en mémoire des enfants disparus, qui avait rassemblé plus de 300 000 manifestants à Bruxelles, après les crimes du pédophile belge Marc Dutrou. Pour cela aussi, je veux lui rendre hommage.

 

En ce jour de juillet 2004, dans ce  parc du château de Sautou, j’ai partagé avec Marie-Noëlle Bouzet une révolte profonde contre ces prédateurs d’enfants, un impérieux besoin d’agir et une rage de vaincre.

 

J’ai alors décidé de transposer en France et en Europe le dispositif « AMBER ALERT », pour rechercher les enfants disparus, crée aux Etats-Unis en 1996 et au Québec en 2003. Je me suis rendue au Canada. J’y ai retrouvé Mme Bouzet.

Cette fois, c’était elle qui était à mes côtés, pour m’aider dans cette démarche.

 

C’est ainsi que j’ai initié le plan « ALERTE-ENLEVEMENT », en France. Les premières heures suivant la disparition sont décisives. Utilisé cinq fois, il a permis de sauver la vie de quatre enfants.

 

Cette procédure a incontestablement fait ses preuves et son extension à l’Europe est nécessaire. Il y a quelques mois, j’ai obtenu un accord de principe sur ce point, du commissaire européen, Franco Frattini. 

Il est urgent d’aller plus vite et plus loin.

 

Cette rencontre avec Marie-Noëlle Bouzet, devant la fosse vide de sa fille Elisabeth Brichet n’a jamais quitté ma mémoire. Secrétaire d’Etat et ancien d’avocat, je fus un témoin pas comme les autres, en devoir d’agir. Cette rencontre, et bien d’autres, furent en fait mon douloureux aiguillon pour instaurer dans notre pays une politique publique globale en faveur des victimes.

 

Aujourd’hui, par ces lignes, je veux une fois encore, accompagner cette mère, pour l’encourager à revivre.

 

 

La politique humanitaire de Nicole Guedj.

20 janvier 2008

Cette femme-là est souvent présentée comme une femme politique.

C'est vrai ! Mais c'est surtout ce qui l'a rendue visible depuis les années 2000.

En 2000, Nicole Guedj a 45 ans et déjà une longue carrière de combattante, contre les discriminations et pour l’action humanitaire, quand elle croise la route de Jacques Chirac. Le président français fera d’elle - en 2004 - sa secrétaire d’Etat aux Droits des victimes.

 

Aujourd’hui, à 52 ans, la Constantinoise brûle toute son énergie dans la création de "casque rouges", les frères humanitaires des "casques bleus". L’ONU en a accepté le principe, prête donc à mettre en mettre en place une force capable de réagir à l’urence de crises humanitaires ou de catastrophes naturelles. Reste à la rendre concrète. Active. En attendant, la conseillère régionale d’Île-de-France veille à fréquenter les enceintes politiques parce qu’elle sait qu’on ne réussit rien seul.

 

Batailler. Nicole Guedj n’en aura jamais terminé : batailles humanistes ou hmanitaires. Batailles au sein d’institutions juives aussi. Cette ancienne avocate qui n’aura finalement jamais cessé de plaider, pense même remettre tôt ou tard sa robe noire !

Tchad : Nicole Guedj fait le bilan de la situation des 240 000 réfugiés.

3 décembre 2007

La présidente de la Fondation Casques Rouges a remis au HCR un conteneur ultramoderne, Emergesat, qui facilite les communications sur le terrain.

A la veille du renvoi des six français de l’Arche de Zoé devant une cour criminelle et de la reprise des combats entre l’armée et les forces rebelles tchadiennes, l’ex-secrétaire d’Etat aux droits des victimes, Nicole Guedj, présidente de la Fondation Casques Rouges qui œuvre pour la mise en place d’une force humanitaire de réaction rapide, a fait un tour de la situation dans l’Est du Tchad. « Bien qu’on m’ait conseillé de l’ajourner, dit-elle, j’ai tout fait pour maintenir cette mission. On doit aux humanitaires de montrer l’efficacité de leurs actions pour faire oublier cette affaire, qui leur a porté un coup dur. » Réputée proche de Sarkozy (elle a organisé la première rencontre entre ce dernier et les familles des infirmières bulgares), cette avocate de formation venait confier un conteneur « sur mesure », de communication et d’échanges d’informations par satellite aux représentants locaux du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR). « Nous avons travaillé deux an avec des chercheurs du CNES et de Thales pour imaginer cet outil baptisé « Emergesat », à la pointe des technologies et facile d’utilisation. Il permet notamment l’usage de la télémédecine, l’accès à l’Internet haut débit et à des relevés cartographiques satellitaires, précieux pour recenser les ressources en eau potable, ou les déplacements de population, la mise en place d’un réseau radio quand les communications sont rompues. »

 

Sur le terrain, Nicole Guedj aura noté que les 12 camps accueillant les 240 000 réfugiés qui ont fui le Darfour fonctionnent déjà presque comme des villes grâce aux soins prodigués, à l’aide alimentaire et scolaire qui leur est apportée. Bref, leur situation est presque plus enviable que celle des 180 000 déplacés, victimes de combats intertchadiens « Pour vous dire, maman Nicole, que tout n’est pas facile… », lui expliquait Eléyakim Dokpané Vanambyl, journaliste dans une radio libre. Selon ce dernier : « Le Tchad se porte très mal… Les accords de paix entre le gouvernement et les mouvements rebelles dorment dans les tiroirs ». Les insurgés auront donc fini par se réveiller, alors que le président tchadien, Idriss Déby, n’en finissait pas de renforcer son dispositif militaire à l’Est, juste avant le déploiement le 27 décembre prochain d’une force européenne chargée de sécuriser l’archipel des camps de réfugiés. « Selon son mandat, cette force, qui ne sera complètement opérationnelle qu’en mars, est en principe impartiale, c’est-à-dire qu’elle n’est pas là pour protéger le régime. Mais, dans les faits, sa présence va limiter les possibilités de mouvements pour les rebelles », admet un diplomate. D’ici là, les relations entre la France et le Tchad risquent de se tendre au fil du procès des membres de l’Arche de Zoé, tandis que les affrontements continueront sans doute de retarder l’acheminement de l’aide humanitaire à l’est. Et le conteneur Emergesat de Nicole Guedj, en cours, d’expérimentation, pourrait se révéler salutaire si la crise devenait plus aiguë.

Emergesat à Abéché.

7 décembre 2007

Bienvenue à Gaga. Nous sommes à l’Est du Tchad, à quelques dizaines de kilomètres du Darfour. 17 000 réfugiés soudanais vivent ici grâce au travail de différentes ONG et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.

Mission humanitaire au Tchad.

25 novembre 2007

La semaine de la Solidarité internationale s'achève aujourd'hui. Une semaine destinée à faire prendre conscience a public de l'enjeu de cette solidarité pour l'ensemble de la planète. A cette occasion, nous vous faisons découvrir ce nouvel outil expérimenté à l'Est du Tchad par le Haut Commissariat aux Réfugiés. Une sorte de « kit humanitaire » de télécommunications par satellites.

Le conteneur humanitaire de Nicole Guedj.

22 novembre 2007

La Fondation Casques Rouges de l'ancien Secrétaire d'Etat, Nicole Guedj, vient de déployer à l'Est du Tchad, une sorte de kit humanitaire de télécommunications. C'est un outil très intéressant.

Tchad: après la crise, l'humanitaire continue.

17 novembre 2007

La Fondation Casques rouges, imaginée par Nicole Guedj, livre aujourd'hui son premier conteneur Emergesat, un bijou technologique pour sauver des vies. Entretien avec l'ex-secrétaire d'Etat aux droits des victimes.

L’ancienne secrétaire d’Etat aux Droits des victimes, Nicole Guedj, s’envole aujourd’hui pour le Tchad à la tête de l’association de préfiguration de la Fondation Casques rouges, qu’elle a créée en 2006, pour une opération sans précédent : déployer sur place, en partenariat avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), un conteneur humanitaire totalement inédit.

Emergesat – c’est son nom – est un conteneur humanitaire de télécommunications et d’échanges d’informations par satellite en même temps qu’un mini-hôpital de campagne permettant d’agir de manière optimale dans les grandes catastrophes (tsunamis, tremblements de terre). Ce premier exemplaire, acheminé jusqu’au Tchad par le ministère de la Défense, qui prend aussi en charge le transport des représentants de la Fondation Casques rouges, sera installé en début de semaine, à titre expérimental, dans le camp de réfugiés de Farchana.

La Fondation a déjà fait l’acquisition d’un deuxième exemplaire qui sera mis à la disposition permanente du gouvernement français et de la délégation à l’action humanitaire du Quai d’Orsay pour être déployé n’importe où dans le monde en cas de sinistre de grande ampleur.
 
 
Le Figaro Magazine - Comment vous est venue l’histoire de ce conteneur ?

Nicole Guedj – Cela fait bientôt quinze ans que je préconise la mise en place d’une force d’intervention de l’ONU destinée à coordonner, dans l’urgence, l’action humanitaire en période de crise, que j’ai baptisée Casques rouges, frères humanitaires des Casques bleus. Lorsque j’étais au gouvernement, j’ai fait adopter ce projet en Conseil des ministres, en septembre 2004, et convaincu le président Chirac, après le tsunami, de faire cette proposition à l’ONU au nom de la France. Kofi Annan a accepté cette idée et m’a envoyé ses équipes de travail, notamment Mme Adinolfi à qui j’ai remis mes notes. Notre proposition est actuellement en chantier à l’ONU et l’objectif de ma fondation est notamment de s’assurer que cette force verra le jour rapidement pour répondre aux exigences humanitaires actuelles.

Que va apporter cet appareil ?

Il transporte une antenne satellite qui permet de rétablir un réseau de communication locale et d’échanger des données entre les différents acteurs humanitaires présents sur le terrain. C’est fondamental, car dans toutes les grandes catastrophes, les systèmes de communication sont détruits. Or les humanitaires doivent impérativement se coordonner pour optimiser leur action. Emergesat dispose également de logiciels qui permettent d’utiliser les technologies d’observation de la Terre pour avoir une vision de la configuration d’un terrain, situer les victimes ou les colonnes de réfugiés qui se déplacent et évaluer les risques d’épidémies. Il transporte des outils de télémédecine et d’analyse de l’eau fournis par Veolia, qui a rejoint notre projet. J’ai moi-même imaginé et dessiné ce conteneur. Le Cnes et Thales Alenia Space en ont assuré la fabrication.

Pourquoi le Tchad ?


Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, avec qui nous menons cette expérimentation, a jugé utile d’utiliser Emergesat à la frontière tchadosoudanaise, pour appuyer son personnel dans la gestion des réfugiés en provenance du Darfour. J’ai donc signé avec Antonio Guterres, responsable du UNHCR, une convention de partenariat à Genève, en juillet dernier, bien antérieurement à l’opération de L’Arche de Zoé. Je ne peux pas me prononcer sur les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire, mais il ne faut justement pas qu’elle gâche la force et l’ampleur de l’engagement humanitaire qui trouve ses fondements dans des valeurs intangibles et universelles comme le sont les droits de l’homme. Il faut rappeler que l’action humanitaire est avant tout une œuvre d’assistance à personne en danger. C’est la prévention et l’allègement de la souffrance des victimes qui est en jeu, et ces victimes sont au cœur de mes préoccupations.

Aron Lustiger : Izkor.Par Nicole Guedj.

Août 2007

« Priez pour moi », c’est ce que me demandait Aaron Jean-Marie Lustiger, quelques semaines avant sa mort, alors que, sur son lit de douleur dans un établissement de soins palliatifs, je lui exprimais par téléphone  mon amitié, mon admiration mon affection et mon affliction.

Le 5 août, à l’annonce de sa disparition, je pris la résolution d’exaucer à nouveau sa supplique en célébrant, du fond du cœur, son «  Drache du mois ». Ce que je fais par ces lignes.

 

J’y suis d’autant plus fondée que j’appris que, par volonté testamentaire le « Kaddish » et le Psaume 112 furent récités en hébreu, le jour de ses obsèques, devant le catafalque sur lequel était déposée une poignée de terre d’Israël. Faits exceptionnels et probablement uniques dans  l’histoire passée et à venir des relations judéo-chrétiennes, ce fut sur le parvis de la cathédrale  Notre-Dame de Paris.

 

C’est pour évoquer sa mémoire que je me réfère à la prière de « Izkor », en insistant tout particulièrement sur la strophe : « Le souvenir est chose généreuse. Il nous fait nous détacher de nos préoccupations personnelles, il nous emporte par-delà les griefs, les impatiences et les étroitesses, et nous fait entrer dans la dignité de l’esprit ».

 

J’ai croisé le chemin du Cardinal Lustiger à maintes reprises, au cours des dernières années, tissant entre nous des liens privilégiés.

 

Je me souviens (Izkor) avoir été  à ses côtes, en janvier 2005, lors des cérémonies du 60 ème. anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, en Pologne où naquirent ses parents, et où sa mère fut déportée et mourut en 1943, après avoir été internée à Drancy. Moments de recueillement silencieux d’une telle intensité dans ses yeux, sur son visage, sur ses épaules qu’elle est indicible, comme l’est la Shoah. Dans l’avion de retour vers Paris, j’eue le privilège d’un long monologue – une sorte de confession spontanée- au cours duquel il invoqua avec une émotion retenue le souvenir de sa mère, ses origines juives , et son parcours d’homme . J’étais bouleversée par cette destinée d’exception, unique dans l’histoire judéo-chrétienne.

 

Je me souviens (Izkor) de sa détermination à promouvoir de nouvelles relations judéo-chrétiennes, de même que le dialogue entre les religions monothéistes. Après la profanation d’un cimetière juif en Alsace, il accepta de participer à une cérémonie aux côtes du Grand rabbin de France et du Recteur de la Mosquée de Paris. Il partageait ma conviction que, s’il existe des relations solides entre responsables communautaires institutionnels, il est désormais impératif d’y associer nos concitoyens, y compris depuis le plus jeune âge. C’est de là que je pris l’initiative d’une exposition artistique à la Mosquée de Paris, consacrée aux signes religieux de trois grandes religions.

 

Je me souviens (Izkor) de son engagement en faveur des Droits de l’homme et de l’action humanitaire. Je le rencontrais régulièrement aux assemblées plénières de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), dont il était un membre très actif depuis de nombreuses années, et jusqu’aux derniers jours. Il y trouvait naturellement sa place lorsqu’il m’expliquait, de sa voix altérée par la maladie, mais portant au plus profond, que les valeurs des Droits de l’homme de 1789 et de 1948 étaient parfaitement compatibles avec celles des Evangiles et de l’Ancien Testament. Quelques mois avant son hospitalisation il accepta avec enthousiasme de parrainer la Fondation humanitaire « Casques Rouges » que je créais.

 

Les souvenirs nombreux et émus m’assaillent. Je me souviens de cette sentence du Izkor :« La vraie mort, c’est l’oubli ».